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Le Wax dans tous ses états

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Crédit photo: Wipo

Un tissu qui a conquis un continent à travers la colonisation, un continent qui en a fait une de ses marques culturelles, un trait culturel qui aujourd’hui évoque ce continent aux quatre coins du globe ! Une histoire ambiguë : le wax et l’Afrique.

Comme beaucoup de choses qui « ont été découvertes par les Européens » le Wax, sous un autre nom, existait bien avant que des natifs des « Provinces Unies », « la Hollande » de nos jours, ne le découvrent.

Entre 1663 et 1674 les Hollandais s’emploient à conquérir Makassar et Java, aujourd’hui parties de l’Indonésie. Une région où les habitants impriment leurs tissus utilisant la technique de « l’épargne ». Une technique qui consiste à cacher certaines parties du tissu afin que la teinture ne prenne pas ces endroits pour ensuite obtenir un motif. En Indonésie, et tout particulièrement à Java, pour « épargner » les endroits sans teinture les habitants utilisent la cire et dénomment leur technique « Batik ». C’est au cours de cette colonisation que les Hollandais découvrent cette manière d’imprimer des tissus.

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Batik, Sarong pour femme, Java, années 1800
Crédit photo : (Los Angeles County Museum of Art)

 

A la fin du XVIII° siècle les Anglais et les Hollandais reprennent la technique de l’épargne à la cire à leur compte et montent des unités de production en Angleterre et aux Pays bas avec l’intention de les écouler sur le marché indonésien à de meilleurs prix que la production locale. Mais voilà, les Indonésiens estiment que cette production étrangère est de moins bonne qualité que la leur, la boudent et du coup les ventes britanniques et hollandaises ne suivent pas.

A la même époque les Hollandais ne parviennent pas à conquérir l’ile de Sumatra. Une formidable résistance leur est opposée par le sultanat d’Aceh tout au long d’une guerre qui durera plus de trente ans, de 1873 à 1904. Les Hollandais manquent d’effectifs pour prendre le dessus, ceci d’autant plus que la Belgique vient de faire cessation d’avec les Provinces Unies. Pour remédier à ce manque d’hommes ils décident de recruter des mercenaires en Afrique dans leurs possessions de la Gold Coast, l’actuel Ghana. Ces soldats sont envoyés à Sumatra pour renforcer les troupes néerlandaises.

Aceh tombe en 1904 après une guerre qui aura fait 10.000 morts du côté hollandais et plus de 100.000 morts du côté acéhnais. Les mercenaires africains survivants rentrent chez eux en Gold Coast. Mais ils ne rentrent pas les mains vides. En bons Ashantis ils ont apprécié les « Batik » indonésiens et pariant que leurs coreligionnaires les aimeront tout autant, ils ont converti une partie de leur solde en « Batiks » qu’ils emmènent dans leurs valises avec l’intention de les vendre. Une fois de retour en Gold Coast l’engouement pour les « Batik » est encore plus fort qu’ils s’y attendaient. La population aisée se les arrache.

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Magasin Wax à Londres Crédit photo : (chantal.ats)

Voilà qui ne passe pas inaperçu aux yeux des Hollandais dont la production n’a pas trouvé preneur auprès des Indonésiens. Ils ont des stocks d’invendus qu’ils s’empressent d’envoyer en Gold Coast où ils se vendent à merveille. Le « Wax » est né. Un tissu imprimé à la cire selon une technique indonésienne, fabriqué aux Pays Bas et dans une moindre mesure en Grande Bretagne, écoulé en Afrique de l’Ouest.

Jusqu’aux années 1950 le Wax reste un produit de luxe. C’est à cette époque que naissent, principalement au Togo, les « Mamas Benz », ce sont elles qui vont populariser le Wax et en faire une icône de la mode en Afrique. Dans les années 1960, à l’aube des indépendances, plusieurs pays africains se mettent à produire eux-mêmes du « Wax ». C’est le cas au Ghana, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Il devient un tissu panafricain au point que dans le monde « Wax » est associé à « Afrique ».

Voilà donc en raccourci l’histoire du « Wax », un tissu à l’histoire fascinante aux multiples rebondissements, une histoire qui est loin d’être terminée comme on peut s’y attendre de la part d’un tel hybride à l’identité multiple qui fait sa vie contre toute attente et ressort là où on ne l’attendait pas. Et c’est justement cette identité multiple qui fait qu’aujourd’hui le wax est au cœur d’une polémique aux ramifications politiques.

Depuis quelques année des maisons comme Jean-Paul Gaultier, Louis-Vuiton, Agnès.B, Balmain, Stella Jean, Dries Van Noten ont utilisé du Wax dans leurs collections. Mais c’est à la Fashion Week parisienne de 2017 lorsque Stella McCartney, la fille de Paul, une styliste-créatrice reconnue et propriétaire d’une multinationale de mode, utilise des tissus Wax pour son défilé que la polémique éclate. Elle est accusée d’appropriation culturelle. Mais le Wax, ayant plus d’un tour dans son sac, fait dire à d’autres comme Imane Ayissi « Stop au Wax. L’Afrique à mieux à montrer, l’Afrique mérite mieux ! ». Toujours est-il qu’aujourd’hui d’Accra à Londres, d’Abidjan à Paris, de Lomé à New-York le Wax se vend et s’achète.

D’un côté on a donc des Afro-Descendants qui se sont appropriés le Wax à tel point qu’un producteur de mode non-africain descendant utilisant du Wax est accusé « d’appropriation culturelle » et d’un autre côté on a des Afro-Descendants qui ne se reconnaissent pas dans le Wax au point de dire que « l’Afrique a mieux à montrer et que l’Afrique mérite mieux » que d’être associée au Wax. Pouvait-on s’attendre à moins de la part du Wax, lui qui « défie toute possibilité de se voir assigner une identité fixe. Politique, ethnique, artistique, et toujours réinventé, le Wax a de nombreux visages et n’a pas fini de nous surprendre. » comme l’écrit l’historienne Anne-Marie Bouttiaux, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles.

Pour ma part je ne dédaigne pas le Wax, loin de là, mais il y a deux choses que je garde en tête et qui dictent mon comportement : D’une part le Wax est bien le produit de la colonisation et encore aujourd’hui la production africaine ne couvre que 10% de ses besoins. L’autre répercussion de l’engouement pour le  wax à 90% importé c’est qu’il marginalise tous les autres tissus véritablement africains allant jusqu’à les éliminer.

Pour moi née sur le continent, qui ai eu la chance d’arpenter la terre de mes ancêtres, une terre de montagnes et de rivières, de soleil et de fraîcheur, une terre qui m’a donnée la chance de voir, de toucher et de me parer de la beauté du « Ndop » et du « Toghu » assister à la disparition de ces tissus tuerait une partie de moi-même. Et c’est là où aujourd’hui je suis si heureuse de voir qu’un artiste comme Imane Ayissi, un grand de la mode, un Africain, s’approprie de tels matériaux.

 

 

Grâce à sa vision et sa compréhension de l’histoire, en s’imposant au niveau international il fait qu’encore une fois l’Afrique, comme elle l’a fait et le fait depuis des millénaires, enrichit le monde. Je souhaite de tout cœur qu’il fasse comprendre à toutes nos sœurs et à tous nos frères que se vêtir avec la beauté et la diversité des véritables étoffes du continent, du « Kente » à l’« Oborn », est plus qu’un retour aux sources c’est une libération et l’épitomé de la modernité. La meilleure manière de s’approprier une image qui ne peut que nous apporter harmonie et respect et nous connecter à la force des ancêtres.

 

Conseil en Image, Relooking
Ndop, tissu Bamiléké, Cameroun
Crédit photo : (Pagnific)

 

 

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Une réflexion au sujet de « Le Wax dans tous ses états »

  1. Bonjour, Chantal contente de voir valorise ce beau tissu.Qui valorise aussi la peau de tous ceux et celles qui le porte.
    Merci.

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